Shanghai, 6 novembre 2010

Journée passée pour l’essentiel à me promener dans ce qui se nomme encore la « concession française », un quartier plutôt agréable, même si là aussi les gratte-ciel poussent comme des champignons après la pluie : je ne donne pas cher des petites rangées de pavillons (des reconstructions, pour l’essentiel) qui bordent les petites allées entre les axes principaux.

À la nuit tombée, je monte boire un coup au bar du Park Hyatt, en haut du vertigineux « décapsuleur » : c’est moins cher que l’observatoire touristique quelques étages plus haut, et en plus on a à boire.

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Shanghai, 5 novembre 2010

Le G7141 m’emporte à 325 km/h vers Shanghai. Le paysage est très industriel : pylônes, cimenteries, viaducs… Ce pays se constuit à une vitesse insensée : ce train, l’imposante gare-aéroport de Hongqiao où j’arrive, la ligne de métro qui me conduit vers le centre : tout cela n’existait pas il y a quelques années.

Mauvaise surprise : mon hôtel n’est pas du tout là où son site web prétend qu’il est, et je me retrouve donc à trois kilomètres du centre de conférences. Bonne surprise, ma chambre est au quarantième étage, avec une vue sensationnelle sur Pudong et ses buildings.

Comme tous les nouveaux arrivants, je passe cette première soirée rue de Nankin et sur le Bund, fasciné par les bâtiments illuminés qui bordent la rivière Huangpu : les années folles sur Puxi, le XXIème siècle en face. Mais quelque chose me dit que les prochaines années vingt seront encore plus fastes pour cette incroyable ville.

 

Nankin, 4 novembre 2010

Le smog est toujours là, et la ballade que j’envisageais dans la Montagne Pourpre qui domine la ville perd un peu de son intérêt. Donc je pars un peu au hasard dans la ville : larges avenues interminables, bâtiments sans personnalité, on peine vraiment à trouver un quelconque objet d’intérêt.

Ça s’arrange un peu quand j’arrive dans le parc du Lac Xuanwu, où il est au moins agréable de marcher. Des armées entières d’écoliers se promènent sagement en rangs par deux (comment ces adorables bambins se transforment-ils en créatures qui beuglent dans leur portable et crachent partout, mystère).

Je tombe ensuite sur le temple Gujiming, où je vais planter mes trois bâtonnets d’encens, avant d’aller boire un coup au superbe hôtel Intercontinental. Au 45ème étage, on voit encore suffisamment pour regretter un panorama qu’on imagine splendide, mais au 78ème on est vraiment dans la purée de pois.

 

Nankin, 3 novembre 2010

Excellent premier contact avec les chemins de fer chinois : pour un prix qui me vaudrait un porte-bagages SNCF, j’ai une couchette très confortable et je dors comme un bébé pendant tout le trajet. Je me réveille juste avant l’arrivée, à temps pour voir le train franchir le Yang-Tsé dans les brouillards de l’aube.

En sortant de la gare, je m’aperçois que les brumes du Fleuve Bleu sont en fait un nuage de pollution qui se maintiendra toute la journée. Je vois rapidement que le ville est bien moins traduite que Pékin, mais je parviens à me débrouiller avec le métro pour gagner mon hôtel.

Ma premier contact avec Nankin est franchement négatif : pour ce que j’en vois, la ville est moche, et ce n’est pas le quartier du temple de Confucius, absurdement touristifié, qui rattrape l’affaire. On ne parvient même pas à s’émouvoir de parcourir ces lieux qui ont vu les manifestations les plus ignobles de la barbarie humaine.

Pékin, 2 novembre 2010

Agréable dernier jour à Pékin : une longue promenade au nord et à l’ouest de la Cité Interdite. Je commence par parcourir de long en large les hutongs qui s’étendent au pied de la Tour du Tambour.

Qui l’emportera, du bulldozer qui démolit des blocs entiers ou des habitants qui retapent les maisons, sans doute pour attirer le touriste ? Il n’y aura probablement pas de match, malheureusement.

Ensuite, direction le parc Beihai, qui recèle de jolis endroits, encore magnifiés par les couleurs automnales. Quelques vieux dansent dans les pavillons de Cinq Dragons, pendant que des hommes en treillis courent au bord du lac.

En soirée, je pars prendre mon train de nuit pour Nankin.

 

Pékin, 1er novembre 2010

Je savais que c’était une erreur, mais le réflexe atavique du touriste a été plus fort, l’idée crétine et préformatée qu’on ne peut pas passer à Pékin sans voir la Grande Muraille.

D’abord, un moment pour trouver l’arrêt du bus de tourisme officiel, seule option viable quand on s’y prend ainsi au débotté. Ensuite, obligation d’aller à Bādálǐng, là où la muraille est la plus touristique, et totalement « restaurée » : le site de Sīmǎtái est fermé, semble-t-il, et Jūyōng Guān a mystérieusement disparu du catalogue. Et l’obligation de me tartiner en bonus, la tombe Ming de Dìng Lìng.

Je passe une heure à attendre que le bus se remplisse pour partir, puis une autre à subir les vociférations de la gentille accompagnatrice dans son micro. Comme je suis le seul occidental à bord, elle ne prend pas la peine de traduire, et d’ailleurs je m’apercevrai plus tard qu’elle ne parle pas un mot d’anglais.

On finit par arriver dans une sorte de relais touristique bondé, où c’est le plan classique : petite expo de babioles de « jade », donc le seul but est de diriger le client vers la boutique attenante. Comme dans la Cité Interdite, les guides amplifiés mènent leurs troupeaux au drapeau, mais ici on est en espace confiné : ça hurle, ça grésille, ça larsenne, on manque de se faire piétiner à chaque instant.

À Bādálǐng, comme prévu, c’est le cirque également : bars, boutiques de gadgets et de T-shirts « I climbed the Great Wall », ballet de cars, et même des œufs, datant visiblement de la période des Royaumes Combattants, pour grimper les touristes sur la Muraille (qui, elle, est bien d’époque Bouygues). En gros : aucun intérêt.

Et en plus j’ai chopé la crève.

 

Pékin, 31 octobre 2010

Certes, c’est un peu niaiseux, le plan « Pékin, terre de contraste », mais quand on voit sur l’avenue Jinbao le concessionnaire Maserati voisiner le vendeur Rolls Royce, et juste derrière des ruelles bien moins reluisantes, ça vient quand même à l’esprit.

Après trois jours frénétiquement « monuments », je m’offre une longue promenade à pied au hasard dans la ville : le parc Ritan, le quartier russe et celui des ambassades, le parvis de la gare de l’Est où règne un capharnaüm très oriental, un mur Ming coincé entre un taudis et un chantier gigantesque, la plus longue allée de la ville, l’avenue Quianmen bondée et, juste à côté, les petits hutongs où je me perds un peu.

Le soir, je trouve un petit restaurant pour manger un canard à la pékinoise. Heureusement, un voisin a pris la même chose et me montre comment on s’y prend avec les différents ingrédients. À la télé passe la kitchissime cérémonie de clôture de l’Expo de Shanghaï, il faut le voir pour le croire.